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The Wire

Mis en ligne par on juin 12th, 2009 article dans la section : Télévisions. Vous pouvez suivre les discussions autour de ce texte avec le flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire

“ You cannot lose, if you do not play. ” – Marla Daniels Ne cherchez pas si cette Marla Daniels à bel et bien existé ou de quel personnage historique peut bien venir cette citation, car elle vient directement d’un dialogue tiré de l’une des meilleures séries policières de la décennie passée : The Wire, l’un des derniers joyaux de la chaîne US qui avait des idées : HBO. Voilà d’ailleurs comment s’ouvre chaque épisode : une petite séquence pré-générique qui donne le ton de l’épisode suivie d’un générique qui, différent à chaque saison, résume les axes particuliers de celles-ci en compilant des images filmées spécialement ou tirées des épisodes eux-mêmes, le tout en relation avec les thèmes généraux de la série. Qui dit générique dit musique, la série nous propose donc une chanson, « Way down the hole », dont les interprètes changent à chaque saison. Pour la première saison, c’est une version des Blind Boys of Alabama ; pour la seconde, c’est celle de l’auteur du titre, Tom Waits ; celui de la troisième ayant comme interprète The Neville Brothers ; pour la quatrième ce sont cinq petits gars de Baltimore qui sont mis à contribution : DoMaJe ; quant à la cinquième c’est Steve Earle qui reprend le flambeau. La version originale reste, à mon sens la meilleure, en tous les cas cette chanson se trouve être en total accord avec l’univers de la série. S’ensuit donc une citation blanche sur fond noir d’un des personnages de la série, citation que nous retrouverons bien sûr dans la bouche de son auteur au sein de l’épisode.

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Une plongée dans le quotidien de la police de Baltimore

L’intérêt majeur de la série tient en trois éléments : Baltimore, le réalisme sans faille et le traitement des personnages. La première saison, bien que traitant de différents sujets, s’attache à ce qui deviendra le cœur de la série, le fil rouge d’un récit durant cinq saisons : un groupe de flics qui pousuit sans relâche une cible, en usant essentiellement d’écoutes téléphoniques et de surveillances, ainsi que les répercutions provoquées par leurs agissements au niveau judiciaire et politique ; mais elle esquisse tout de même ce qui sera développé dans la saison 2 : l’approvisionnement en drogue de la ville via le port, les rapports sociaux qui sont propres aux activités portuaires et les rapports intercommunautaires dans cette ville à 65% noire.

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L'école comme fabrique d'exclues, un thème fort de la saison 3

La saison 3, quant à elle, redescend dans la rue tout en évoquant les problèmes de réinsertion, les difficultés de sortir d’un mode de vie illégal, les enjeux que représentent la politique statistique imposée à la police (faire du chiffre au détriment des vraies affaires).

Non contents de nous avoir démontré que peu de choses fonctionnaient au sein de Baltimore pour les autorités officielles dans les saisons précédentes, les scénaristes s’attaquent dans la saison quatre (et ce thème restera majeur dans la dernière saison) au système scolaire publique, totalement mis à mal par une politique du chiffre : selon le résultat aux examens nationaux l’école recevra ou non des subventions l’année suivante, limitant ainsi l’impact des quelques enseignants encore motivés pour faire le travail qui est réellement le leur, car ils se trouvent obligés par leur hiérarchie à enseigner à leurs élèves les seuls sujets traités par le test en question.

La dernière saison de The Wire se focalise sur le travail de la presse, jusque là simple acteur de second plan dans cette série. En rentrant dans les locaux d’un « Baltimore Sun » périclitant, le spectateur s’aperçoit que si l’école américaine est fortement marquée par les examens nationaux, au sein de la presse c’est le prix Pulitzer qui fait la loi, la rédaction privilégiant les histoires les plus aptes à recevoir un prix jusqu’à la période où ce prix est donné (fin décembre).

Ces deux dernières saisons abordent encore plus profondément le thème politique en nous montrant l’ascension d’un Conseiller  blanc au sein d’une ville où les noirs sont majoritaires partout aussi bien dans la rue qu’en politique.

La ville, bien plus qu’un décor, tient lieu ici d’univers complexe, évoluant au fil de l’action, un personnage à part entière, dont les auteurs abordent les forces et les faiblesses, sans l’idéaliser. Plus qu’une volonté de documentariser la série, il s’agit ici de pousser le spectateur au cœur de la rue, des institutions, de cette ville torturée, la plus dangereuse métropole d’Amérique du Nord.

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Un Baltimore de bas-fonds et ghettos

Le réalisme qui berce la série la plonge bien souvent dans une ambiance pessimiste, d’une noirceur éclatante au sein des séries US produites ces dernières années, sans jamais tomber dans le travers du documentaire ou du genre très à la mode actuellement du docu-fiction ; genre qui, par ailleurs, et au-delà du style ou de l’esthétisme d’une pauvreté ahurissante, n’est qu’une expression du mépris que peuvent avoir les producteurs et autres « élites » pour le spectateur. Il s’agit peut être d’une simple vision de la réalité mais elle semble bien plus fidèle que beaucoup de documentaires et autres reportages bâclés par des journalistes en mal de sensationnalisme plutôt que de véracité – Envoyé Spécial sur France 2, les émissions proposés par TF1, M6 (90 Minutes, Enquête d’Action, la liste est longue… – et consorts en sont le meilleur exemple ….

Ce profond attachement à la réalité vient en grande partie des auteurs de cette série : David Simon, ancien reporter au Baltimore Sun et Edward Burns ex-sergent et porte parole du NYPD, ce dernier ayant « casté » certains des acteurs durant son ancienne activité, leur proposant un rôle à leur sortie de prison. Notons également au sein du casting la présence d’un ancien gangster de Baltimore tenant ici le rôle d’un prêtre. Il est clair que les deux auteurs ont largement puisé dans leurs connaissances du milieu ou de leur ville pour paraphraser des événements passés ou encore effectué quelques paraboles intéressantes.

La réalisation tient elle aussi un grand rôle dans ce réalisme et Clark Johnson y est pour beaucoup : il réalise les premiers épisodes de cette série ainsi que le dernier, tout comme il l’avait fait pour The Shield, véritable miroir de The Wire, en ce que ces deux séries peuvent apparaitre comme deux jumelles élevées différemment, l’une sur la Côte Ouest et l’autre sur la Côte Est. Une caméra-épaule dynamique sert chacun des épisodes qui restent d’une lisibilité excellente. Apparemment bien moins violente que The Shield, The Wire s’attache aux personnages, à leurs interactions sans pour autant jouer la carte du rentre-dedans, de l’affrontement physique, ici ce sont davantage les mots qui frappent plutôt que les poings, les tensions sont psychologiques, politiques, professionnelles, sentimentales… Pour autant, les exécutions sont monnaies courantes (physiques dans la rue ou figurées dans les bureaux et autres alcôves de pouvoir).

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Omar, l'un des personnages préférés de Barrack Obama

Les personnages sont décrits de manière humaine : personne n’est totalement blanc ou noir, Baltimore est dépeinte comme une ville grise dans laquelle évoluent des personnages gris, tout en nuances. Le personnage principal apparaît comme un soûlard trompant sa femme dès qu’il en a l’occasion, mais pour autant il s’agit d’un excellent flic, cette dualité l’empêchant d’obtenir la reconnaissance qui lui revient. Si le Colonel Daniels semble d’une rigidité et d’une morale à toute épreuve, il fera fi de la vérité pour protéger un officier sous ses ordres tout en essayant de dissimuler un passé sombre afin de s’assurer de monter les échelons. « Stringer » Bell, numéro deux d’un des plus gros gangs de Baltimore, s’instruira sans cesse, cultivant un profond désir de légitimité tout en essayant d’inculquer à ses subalternes les bases de l’économie…..

Au fil des épisodes les personnages baissent leur voile afin de permettre au spectateur de ne point se complaire dans la dichotomie traditionnelle entre gentils flics et méchants gangsters : dans cette série tout est relatif…. A l’exception d’un personnage qui se trouve être le personnage préféré d’Obama : Omar. Omar, un espèce de Robin des Bois moderne, à la morale raide comme un i, qui vole les dealers, sans redistribuer, nous sommes dans une ère individualiste ne l’oublions pas….

Petit tour d’horizon d’une excellente série trônant indiscutablement aux côtés de The Shield à la première place des séries policières. Malheureusement elle n’aura connu qu’un succès critique aux États-Unis, une seule saison a été diffusée en France sur Canal Jimmy, mais dernièrement la série a été reprise par Orange Cinémax, et il semblerait que Canal + ait acheté les droits.

Par Gorbatchev

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Un commentaire pour “The Wire”

  1. [...] pourrait tenir d’À la maison Blanche (the West Wing), mais c’est plutôt vers The Wire qu’il faut regarder. Noirceur, cynisme, une photographie documentaire granuleuse à souhait, un [...]

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