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LE GRAND JOURNAL

Mis en ligne par on avr 12th, 2010 article dans la section : A la pointe, Télévisions. Vous pouvez suivre les discussions autour de ce texte avec le flux RSS 2.0. Vous pouvez laisser un commentaire

LA DICTATURE DU LOL ET DU WTF

Régnant sans partage sur la case de l’access prime-time, le Grand Journal se veut dans la continuité du mythique esprit Canal des années quatre-vingt-dix. Mais les dernières saisons de cette l’émission portée à bout de bras par Michel Denisot, le dernier vétéran de l’équipe fondatrice de la chaine cryptée, donnent de plus en plus l’impression d’être face à une gigantesque lessiveuse, lavant plus blanc que blanc des invités pas toujours très propres sur eux.


Le 17 décembre, le Grand Journal reçoit Arnaud Lagardère et la team Lagardère Sport : Amaury Leveaux et Richard Gasquet. Cela tombe bien, Arnaud Lagardère, par ailleurs actionnaire de Canal Plus à près de 20 %, attend d’une minute à l’autre la décision de l’Autorité des marchés financiers sur une sombre histoire de délit d’initié. Alors que dans la journée Richard Gasquet a été lavé de tout soupçon de dopage après son contrôle positif à la cocaïne. Devinez la décision de l’Autorité des marchés financiers ? Arnaud innocent, bien sûr ! Un suspens cousu de fils blancs, mais soulagement à peine surjoué des équipes Largardère et Canal Plus sur le plateau. Le linge sale est lavé : après des mois de polémiques, Gasquet repart sur le circuit ATP la tête haute et le sympathique Arnaud, nous a démontré en 30 minutes qu’il est décidément un sacré capitaine d’industrie jeune, dynamique, sans peur et sans reproche. Dans l’euphorie, il rajoute même un joyeux dérapage sur une histoire de cul qu’on lui prêterait avec Richard Gasquet. Personne ne lui a rien demandé et le pauvre Ali Baddou, le chroniqueur bonne conscience de l’émission doit se fendre d’un communiqué ad hoc sur l’acceptation de l’homosexualité dans la société.

Une soirée ordinaire au Grand Journal

Quand le Grand Journal ne sert pas de plaque tournante pour le blanchiment des actionnaires de la chaîne, il est une machinerie lourde particulièrement rodée pour générer du LOL («Laughing out loud» : qu’est-ce qu’on rigole les copains) et du WTF! («what the fuck» : qu’est ce qui se passe ? c’est un truc de fou !). La première partie de l’émission, sensément plus sérieuse traite de sujets d’actualités brûlants avec des pointures du gouvernement, des éditorialistes à écharpes (c’est une marque de fabrique paraît-il), des gens de l’opposition, des intellectuels chevronnés du genre qui « pensent en direct » à la télévision. Son concept repose sur une alternance de publicité, de sketchs indépendants du sujet de l’émission et la fameuse séquence du «Petit journal», le seul moment véritablement impertinent de l’émission. Le but du jeu de cette première partie étant de générer du WTF! à la façon d’une matinale radio. Une séquence pouvant être reprise, qui fera l’événement et rendra acceptable le visionnage des 22 minutes de pub sur les 88 minutes d’émissions. Pour cela il suffit à l’invité de s’asseoir et de laisser faire la maison, puisqu’il bénéficiera en tout et pour tout de moins de dix minutes pour s’exprimer. Entre le zapping, le petit journal, les guignols, les jingles, la météo de Pauline Lefèvre… Le WTF! surviendra le plus souvent d’une mise en situation de l’un des invités par exemple une rencontre entre la chanteuse Shakira et Jean-Louis Debré, président du conseil constitutionnel, resucée plutôt convaincante de la Belle et le Juriste.

Le petit manège promotionnel

La deuxième partie de l’émission fonctionne sur le même schéma, mais l’ensemble est moins dérangeant puisque l’on se trouve dans un petit carrousel à promotion digne de feux Nulle Part Ailleurs. Des personnalités du monde culturel viennent plaisanter en toute sympathie avec Michel et sa joyeuse équipe. Sans arrière pensé, chacun vient vendre son livre, film, cd et sort adoubé de l’exercice, tout en enchaînant de bonnes tranches de LOL avec les séquences du SAV, la boîte à question et le petit journal People.

Au final seul un tiers de l’émission est consacrée aux invités. Pour maintenir sa dynamique infernale et son audimat, le contenu du Grand Journal plie littéralement sous le poids du LOL à grands coups de séquence humoristique et de recherche de WTF! en supervisant continuellement le discours des invités et il n’y a guère qu’un Michel Rocard ou un Valéry Giscard d’Estaing à pouvoir se permettre de développer un discours d’une question à l’autre. Mais la recette marche, ils sont en moyenne entre 1 million et 4 millions de téléspectateurs a regarder cette gigantesque coquille vide chaque soir.

Par Brendan Troadec

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