Un couple modeste hérite d’un royaume au large de la Bretagne… Qui n’est en fait qu’une île rocailleuse et minable, et dont les 5 habitants vont rivaliser d’ingéniosité pour forcer le nouveau souverain à assumer ses fonctions, pour ne pas que l’Angleterre fasse valoir ses droits sur l’île…

Tournage à Brest, nombreuses publicités dans les journaux locaux, avant première en présence de PEF et Florence Foresti… On peut dire que King Guillaume aura mis les petits plats dans les grands pour se faire apprécier dans le coin. A tel point que le multiplexe aura fini par réserver 9 salles pour accueillir les 2000 spectateurs venus assister à l’avant première. Du jamais vu par ici… Mais au-delà de ces chiffres, et surtout au-delà du discours formaté sur le tournage en Bretagne qui semble être la seule chose intéressante pour la presse locale – à ce titre, j’avoue avoir été catastrophé par l’hallucinante conférence de presse où la principale chose qui intéressait les journalistes radio semblait être d’avoir sur bande audio les mêmes déclarations promotionnelles qui étaient écrites dans le dossier de presse ; ou peut-être n’avaient-ils simplement pas lu ledit dossier….- , la question qui demeure est celle que chacun va se poser en achetant sa place : que vaut le film ?
Dans le cas de King Guillaume, la réponse n’est pas si simple. Le film semble être vendu comme une grosse comédie, ce qu’il n’est pas. PEF se réclame, lui, de Jacques Tati et du pur burlesque, mais son film ne correspond pas vraiment à cela. En fait, la filiation la plus palpable, c’est celle de Pierre Richard : à l’instar des films que réalisa ce dernier, les ambitions de PEF se situent du côté de la fable gentiment sociale, de l’humour lunaire et un brin poétique, du décalage qui fait sourire.

Bien sur, le film va décevoir : le scénario n’est pas haletant, ce qui étonne d’autant plus que la matériau de base, l’excellente BD de Pétillon et Rochette Panique à Londres était riche en péripéties et bénéficiait d’un rythme trépidant. Ici, le rythme est très tranquille, presque déroutant : King Guillaume ne ressemble en rien à une avalanche de gags, ce qui explique sans doute que le projet, tout comme le précédent film du réalisateur, Essaye-moi, a eu beaucoup de mal à se monter. Ce qui intéresse le réalisateur, c’est d’exposer un univers personnel, qui tient beaucoup du monde enfantin. Petits rituels des amoureux – une jolie trouvaille de « réunion » de couple -, petites répliques qui font mouche – le « bonjour madame » balancé candidement par Foresti à une bonne sœur – et jolies trouvailles visuelles – le bateau penché où vivent les habitants – tout cela participe d’une vision du monde en décalage avec la réalité, soulignée par une photographie jamais réaliste. Nous sommes dans un monde de jeu, où rien n’a d’importance finalement, où les traîtres sont amusants, où les enjeux dramatiques sont très imprécis. Il est d’ailleurs amusant de noter la façon dont PEF évite continuellement la confrontation avec le drame, jouant de l’ellipse dès qu’un moment fort se met en place, comme s’il se refusait à faire entrer trop de tension dans son univers. La seule scène qui pourrait prêter à l’inquiétude, celle de l’hôpital, est aussi la seule qui se situe dans un cadre un tant soit peu réaliste ; tout le reste du film est placé sous le signe de la seule fantaisie et de l’absurde.
Mais là où le bât blesse, c’est que si l’écriture est assez originale, naviguant entre délire potache et
humour plus subtil, la réalisation de PEF n’est pas à la hauteur de ses ambitions visuelles. S’il réussit à imposer un rythme qui tranche avec les comédies françaises parfois hystériques – remember L’Emmerdeur récemment ? – il n’a malheureusement pas l’expérience pour imposer visuellement ses ambitions de burlesque. On retrouve pourtant d’excellentes idées visuelles, très poétiques, comme cette cabine téléphonique sur la plage ou la présence d’un Alpaga sur l’île, mais la réalisation peine à imposer un humour réellement visuel, préférant se reposer sur des dialogues très écrit et sur les performances des comédiens. Ceux-ci s’en tirent avec les honneurs notamment l’excellent Raymond Bouchard et une Florence Foresti dont le jeu particulier se marie à merveille à cet univers. Mais on est encore assez loin d’un film de Tati. Cependant, au vu de la médiocrité des bouillies visuelles que la comédie française a l’habitude de nous servir, PEF tire d’autant plus son épingle du jeu que certains plans augurent d’une bonne intuition : lors de la mort de Rufus par exemple, qui s’éteint au second plan, dans le flou, alors que Pierre Richard se tient debout, dos à lui, cadré net. Dans ce plan, le décor, le choix de l’angle, le choix de cadrer net Pierre Richard au lieu de la mort du roi, tout cela dénote un certain goût et une proposition esthétique dont on regrette qu’elle n’imprègne pas tout le film.
A noter pour les MonthyPythonphiles, la présence de Terry Jones en professeur d’université à côté de la plaque, qui assure à lui seul le spectacle dans la scène d’intro ; l’acteur était déjà apparu en tant que Dieu dans un autre film français, Le Créateur d’Albert Dupontel, mais son temps de présence à l’écran est ici un peu plus conséquent, et le film vaudrait presque le détour pour lui seul.
Par David Roué
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